
DE L’IMPORTANCE DES ORGANISMES COMMUNAUTAIRES — PARLONS DE RECONNAISSANCE ET D’AUTONOMIE
Je travaille dans le milieu communautaire dans un organisme Famille depuis neuf ans. Une 2e carrière pour moi. Un milieu bienveillant. Des gens de cœur. Mais aussi aguerris. Habitués à soutenir les plus démunis, à se battre pour la survie et l’autonomie de leur organisme, à défendre les droits de leur communauté, des personnes stigmatisées, fragilisées, et à revendiquer l’absolue nécessité de répondre aux besoins de base de toute la population au Québec.
En 2022, après la pandémie, on parlait beaucoup du milieu communautaire. De sa résilience, de son importance et de sa capacité à maintenir le filet social. Dans le journal Le Devoir, Cécile Rousseau, pédopsychiatre, écrivait : « Les organismes communautaires ont été des acteurs clés à cause de leur capacité d’innover, de leur flexibilité et de leur lien privilégié avec les populations locales, notamment les plus vulnérables. Cela a été possible à cause de la mission de ces organisations, reconnue dans la politique gouvernementale de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire, qui promeut la mobilisation communautaire, l’éducation populaire et la promotion de la participation citoyenne… Cette contribution des organisations communautaires n’a cependant pas été reconnue à sa juste valeur ; au contraire, les organismes ont été fragilisés par la pandémie, le manque d’un financement adéquat et la crise de la main-d’œuvre.1»
Claude Pinard, président-directeur général de Centraide du Grand Montréal à l’époque, déclarait, quant à lui, dans le journal Les Affaires : « Si le Grand Montréal n’avait pas pu compter sur un filet social solide lors de la pandémie de COVID-19, il y a fort à parier que ses habitants auraient connu des temps beaucoup plus difficiles… Cet élan de solidarité a toutefois laissé des traces dans le milieu ; plusieurs organismes se relèvent encore de ces temps difficiles. Malheureusement, ils doivent déjà faire face à la prochaine crise : celle combinée de la hausse du coût de la vie et de la pénurie de main-d’œuvre. S’il est vrai qu’un organisme communautaire ne ferme jamais ses portes et, au contraire, trouve toujours des solutions malgré l’adversité, cela met toutefois à rude épreuve ses capacités d’adaptation. L’augmentation des charges d’exploitation y compris des salaires, pour garder ses employés en poste, a une conséquence réelle sur la capacité des organismes.2 »
Dans un article paru dans La Presse, section L’itinéraire, Valérie Roy rappelle que « les organismes sont le prolongement des services publics. Une forme de relais pour répondre aux besoins de la population auxquels l’État ne répond pas lui-même.3 »
En 2026, rien n’a vraiment changé. Les organismes communautaires sont près d’un point de non-retour. On apprécie leur importance, on les remercie, souligne leur expertise. Et pourtant, nous faisons encore face à cet enjeu majeur qu’est le financement pour poursuivre nos missions. Les demandes du milieu se font de plus en plus pressantes pour un meilleur financement, une confiance accrue en notre capacité de bonne gestion, une reconnaissance de la qualité de nos services et de notre autonomie.
Reconnaître l’importance des organismes communautaires, ce serait travailler avec eux en les considérant comme des partenaires qui méritent d’être financés à leur juste valeur.
DE L’IMPORTANCE DES ORGANISMES COMMUNAUTAIRES — PARLONS DES SERVICES OFFERTS
Avez-vous déjà consulté le répertoire des services sociaux et communautaires ? Petite liste incomplète des activités du milieu communautaire.
Aînés : accompagnement-transport, centres de soutien et répit, maintien à domicile, popotes roulantes…
Alimentation : aide alimentaire dans les écoles, pour femmes enceintes, cuisines collectives, paniers de Noël…
Autochtones : emploi, hébergement, santé et services sociaux…
Éducation et alphabétisation : aide aux devoirs, alphabétisation, difficultés et troubles d’apprentissage, persévérance scolaire…
Emploi et soutien au revenu : gestion budgétaire et consommation, soutien à l’emploi des aînés, des femmes, des immigrants…
Enfance, jeunesse et famille : centres et soutien pour les jeunes, délinquance juvénile, halte-garderie et répit, soutien à la maternité et à l’adoption, soutien aux familles, aide à la mobilité…
Handicap : Associations et groupes de soutien, centres de soins et de réadaptation, défense des droits, transport adapté, travail adapté et soutien à l’employabilité…
Immigration et communautés culturelles : francisation, prévention et lutte contre le racisme…
Itinérance… Justice et défense des droits… Logement…
Santé : centres de crise et prévention du suicide, groupes d’entraide, lignes d’écoute, prévention et traitement en dépendance, soutien communautaire en santé mentale…
Services gouvernementaux… Sexe et genre… Sports, loisirs et culture… Transport…
Violence et maltraitance : agression sexuelle et inceste, maltraitance envers les enfants, soutien aux victimes et à leur famille, violence conjugale, refuges et soutien…
Pour en savoir plus : répertoire 211
Saviez-vous ?4
Une analyse de l’IRIS démontrerait que le rôle joué par les organismes communautaires est susceptible d’amener des économies dans le réseau public de la santé et des services sociaux ( RSSS ).
Les faits saillants
Augmenter de 1 $ le financement des organismes communautaires au Québec permet, en moyenne, de générer des économies dans les dépenses publiques de santé d’environ 12,00 $ sur six ans.
Les économies générées par les organismes communautaires œuvrant en dehors de la mission santé et services sociaux ( SSS ) ont tendance à augmenter avec le temps, surtout depuis le début de la pandémie de COVID-19. Nos résultats montrent que c’est cependant l’inverse qui est observé pour les organismes communautaires dédiés aux missions santé et services sociaux.
L’action des organismes communautaires œuvrant en dehors de la mission SSS entraîne, elle aussi, des réductions de dépenses de santé, quoique plus tardives, comparativement aux économies générées par les organismes œuvrant dans la mission SSS. Cela s’explique par le fait que ces organismes ont tendance à agir davantage sur les déterminants sociaux de la santé que sur l’état de santé lui-même.
Nos résultats indiquent que de financer davantage de manière générale les organismes communautaires au Québec est un moyen efficace pour réduire la croissance des dépenses de santé autant à court qu’à long terme.
DE L’IMPORTANCE DES ORGANISMES COMMUNAUTAIRES — PARLONS CHIFFRES
Je me souviens qu’à mon arrivée en poste en 2017, les organismes Famille réclamaient déjà un montant dédié à la mission de 200 000 $. En tenant compte de la valeur actualisée, cela équivaut à 255 000 $ en dollars d’aujourd’hui.
Combien ont reçu les organismes pour le financement à la mission en 2025-2026 ? 182 700 $. Pour un organisme de dix personnes, cela correspond à un salaire moyen de 18 270 $ par employé·e incluant les charges sociales. Les organismes cherchent sans cesse des sources de financement non seulement pour les salaires de leur équipe, mais aussi pour l’ensemble des infrastructures et de l’organisation des services. Les équipes travaillent toujours dans un climat d’incertitude avec une surcharge de travail ayant à cœur de ne pas laisser tomber ceux et celles qui ont besoin de leurs services.
Les organismes communautaires connaissent trop bien cette situation. Nous faisons face depuis tant d’années à cet enjeu majeur qu’est le financement pour poursuivre nos missions. Les demandes du milieu se font de plus en plus pressantes pour un meilleur financement et une confiance accrue en notre capacité de bonne gestion et de qualité de nos services.
Saviez-vous ?5
Imagine Canada a publié un rapport qui s’appuie sur les données de Statistique Canada pour brosser un portrait clair des personnes employées dans le secteur à but non lucratif au Canada. Cette analyse offre la vue d’ensemble la plus complète à ce jour de la main-d’œuvre du secteur des OBNL au pays.
Résumé
Le salaire annuel moyen des personnes travaillant dans les OBNL est inférieur de 13 % à celui de l’ensemble des employé·e·s au Canada. Pour les OBNL communautaires, cet écart grimpe à 31 %.
Environ 70 % de la main-d’œuvre des OBNL est composée de femmes. Pourtant, les écarts salariaux persistent : les femmes travaillant dans les OBNL gagnent en moyenne 18 % de moins que le salaire canadien moyen.
Les personnes racisées représentent 33 % de la main-d’œuvre des OBNL, une proportion légèrement plus élevée que dans l’ensemble de la main-d’œuvre canadienne. Cependant, elles gagnent en moyenne 12 % de moins que les personnes non racisées occupant des emplois similaires dans le secteur, ce qui met en lumière des enjeux persistants d’équité salariale.
Les employé·e·s des OBNL ont un niveau de scolarité plus élevé que le reste des travailleurs et travailleuses au Canada (48 % contre 34 %). Fait notable : une personne diplômée universitaire sur cinq travaille dans le secteur à but non lucratif. Pourtant, malgré ce niveau de scolarité plus élevé, les salarié·e·s des OBNL gagnent moins que la moyenne nationale.
DE L’IMPORTANCE DES ORGANISMES COMMUNAUTAIRES — COLLABORER, NOTRE ADN
Le mouvement le communautaire à boutte démonte bien la capacité du milieu à se fédérer pour défendre les conditions des équipes et maintenir le filet social que les organismes ont bâti tout au cours des années à force de travail acharné. Je salue les porteurs de ce mouvement et tous les organismes communautaires qui se mobilisent pour la cause.
J’en profite pour remercier tous ceux qui collaborent avec nous :
Action Handicap Estrie, Association Granby pour La Déficience Intellectuelle et l’autisme (AGDIA), Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs (AQEPA), Association québécoise du syndrome de la Tourette (AQST), Arborescence, Autisme Centre-du-Québec, Autisme de l’Est-du-Québec, Autisme Mauricie, Autisme Montérégie, Autisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, Carrefour Parent-Enfant, Cari St-Laurent, Carrefour Familial Hochelaga, CooPÈRE, Dysphasie Laurentides, Espace-Famille Villeray, Famille à Cœur, Fondation Papillon, Groupe d’entraide maternelle de La Petite-Patrie (GEM), Intégration Sociale des Enfants en Milieur de Garde (ISEMG), J’me fais une place en garderie, L’étoile de Pacho, La Maison Bleue, La Maisonnette des parents, La Relance Jeunes et Familles, Le Petit Répit, La Parentr'aide, Maisons Oxygène, Maison des parents d’enfants handicapés des Laurentides, Maison Multiethnique Myosotis, Parents pour la déficience intellectuelle (PARDI), Les Parents Partenaires, Pause Famille, Pères séparés, Perspective Famille, Regroupement TDL Québec, RePère, Répit Providence, Répit Zéphyr, RT21 Regroupement pour la trisomie 21, Société québécoise de la déficience intellectuelle, Trait d’Union Outaouais
Hélène Derome
Directrice Générale
Première Ressource, aide aux parents
1 ROUSSEAU, Cécile. ledevoir.com/opinion/idees/757864/idees-reconnaissons-l-expertise-du-communautaire-a-sa-juste-valeur
2 BILODEAU, Maxime. lesaffaires.com/dossier/philanthropie-des-dirigeants-face-a-la-tempete/claude-pinard-le-pdg-qui-veut-jaser-pauvrete/637451
3 BÉNÉZET, Karine. plus.lapresse.ca/screens/62e7ce3d-85d8-4d2e-96d6-9625d97a598d%7C_0.html
4 LANGEVIN, Raphael. IRIS, Diminution des coûts de santé : le rôle des groupes communautaires, septembre 2025
5 LASBY David, chercheur principal. L’humain derrière la mission, Portrait de la main-d’oeuvre du secteur à but Non lucratif au Canada, Rapport sur les données et les tendances. Imagine Canada, avril 2025